Mais où vont les Francos ?
Vendredi 17 Juillet 2009, 15h17 - par DjypVingt-cinquième édition pour les Francofolies de La Rochelle. Un festival magnifique, d'envergure par la taille de son site, le centre-ville de La Rochelle, par le nombre de festivaliers et par l'ampleur internationale de sa notoriété. Quelle chance de pouvoir présenter autant de styles différents ! Quelle surprise pour certains de découvrir la diversité musicale francophone. Bref, les Francofolies étonnent toujours.
Que dire de l'ambiance dans la ville. Qu'ils assistent aux concerts payants ou non, de nombreux rochelais et d'innombrables touristes parcourent les rue de la ville, au grand plaisir des commerces du centre-ville. La vie afflue de partout pendant ces quelques jours magiques. Des stands, des artistes de rue et des cafés prennent possession des trottoirs et les rues sont interdites à la circulation motorisée. Un festival hors norme et populaire.
Si populaire qu'on ne compte plus les huées pendant les concerts des "petits" groupes qui font les premières parties. Le terme "petit" est ici péjoratif dans la bouche des festivaliers et des touristes. L'idée chez les festivaliers qu'un artiste commence sa carrière le jour où on le voit dans les médias est bien sûr une fausse idée. Les attentes du public sont grandes, il veut ce qu'il connait déjà. Avouons qu'à force de se faire assomer 30 fois par jour par les même titres. Quand on finit par les apprécier, il est normal de souhaiter les voir en live.
Pourtant le Chantier des Francos est là pour présenter ces artistes, ces débutants, qui font déjà des concerts depuis longtemps. Tout au long de l'année, une foule de partenariats, de sélections et des centaines d'heures d'écoute permettent de propulser de jeunes artistes dans la voie professionnelle. Le but du jeu étant aussi bien sûr de présenter ces artistes pendant les Francofolies.
En dépit de tous ces efforts, l'expansif festival doit faire face à la demande du public. On y programme donc les artistes vus et revus sans répis puisque le public en redemande. Ainsi Émily Loizeau, Cali, Tryo, Raphael ou encore Bénabar n'en finissent plus de revenir tous les ans ou presque. La raison est simple, le public est formaté. Toujours aussi demandeur d'une poignée d'artistes renouvelée au tiers tous les sept ans. Alors pour proposer un peu de diversité, depuis deux ans, on insère dans la programmation des artistes non-francophones. Ce qui nous a valu la représentation de Pascal Picard l'année dernière ou de Mika. Comme la frontière entre "être francophone" et "chanter en français" s'égraine petit à petit, pour le plaisir de chacun, les Francos montrent désormais un intérêt particulier pour les mélangeurs de genres et les anglo-saxons. Cette année, Hugh Coltman, Yuksek, Sporto Kantes, Cocoon et autres Oxmo Puccino était proposés dans la diversité musicale du festival sur la scène Not Ze Francos.
Observez maintenant les fetivaliers, le long des rues bondées, devant la scène, devenir fou à l'écoute de trois notes de leurs artistes "préférés". Une drôle d'expérience s'est produite près de la Scène de l'Horloge où se déroule des concerts gratuits. Un extrait vidéo de Renan Luce en concert quelque jours plus tôt a été projeté sur deux écrans de chaque côté de la scène, avec le son, bien entendu. Ça faisait chaud au coeur d'entendre tout le monde chanter gaiement dans la Cour des Dames, le long de la dite scène. Mais sur le côté de la scène on ne voit rien. Des masses crédules ont accourus pour voir la star à l'oeuvre. Alors qu'ils découvraient un plateau vide certains se sont exclamés "Ah, c'est une cassette en fait !". Consternation. Déception. Irritation.
Alors qu'il y a déjà eu 25 Francofolies à La Rochelle, le festival doit désormais faire des choix. Il peut continuer à proposer deux pans de sa programmation avec un premier répondant à des attentes formatées et un second plutôt éclectiques répondant à un besoin de diversité culturelle. Le risque est ici de s'enliser dans de durs choix de programmation et un public pressant, donnant ainsi une image négative du festival à beaucoup de mélomanes. Il peut aussi aller directement vers une programmation purement mainstream, n'inviter que les plus gros artistes (en poids médiatique, bien sûr) et continuer de passer quelques artistes issus des Chantiers. Dans ce cas on voit déjà le résultat pénalisant pour tout le monde. Il peut aussi tenter une ouverture encore plus grande vers la scène non-francophone, aller dénicher de drôle d'artistes et faire monter sur ses planches de plus en plus d'artistes inconnus. Ici le risque est de faire fuir un public qui irait croire trop vite que la société organisatrice du festival n'a plus assez de budget.
Si il n'y avait qu'une solution ce serait beaucoup trop simple. Si je ne pouvais en proposer qu'une seule ce serait de proposer exclusivement des concerts inédits d'artistes attendus, sur les grandes scènes, et de multiplier les concerts dit de "découverte" et la partie Not Ze Francos qui reste encore à exploiter. Bien sûr je sais à quel point ces grands concerts inédits demandent un travail supplémentaire. Ces concerts ont donc un coût. Mais proposez au public quelque chose qui ne se produira qu'une fois dans l'histoire et il sera prêt à mettre les quelques euros supplémentaires à une soirée inoubliable et différente. Ainsi les Francofolies retrouveraient une identité forte puis amènerait le public à prendre conscience que la musique n'est pas quelques chose de figé, bien au contraire !





















